28 août 2025

Les Machines imaginaires de François Delarozière

À Calais, un dragon cracheur de feu longe le front de mer. À Nantes, un éléphant géant avance lentement dans les anciens chantiers navals. À Toulouse, un Minotaure surgit au détour d’une place et s’anime comme s’il sortait d’un rêve.Derrière ces créatures monumentales se cache un homme au regard malicieux et à l’imaginaire débordant : François Delarozière.

Un inventeur d'imaginaires

Architecte, scénographe, metteur en scène… difficile de mettre une seule étiquette sur François Delarozière. Fondateur de la compagnie La Machine, il façonne depuis plus de trente ans un univers où la mécanique devient poésie, où les villes deviennent scènes de théâtre à ciel ouvert.

Ses créations empruntent autant à l’ingénierie qu’à la fantaisie. On y retrouve l’héritage de Jules Verne, la précision de Léonard de Vinci, mais aussi l’esprit des grands spectacles de rue. Chaque machine est pensée comme un personnage vivant, doté de mouvements, de souffles, parfois de colères et toujours d’émotions.

Delarozière ne fabrique pas seulement des monstres d’acier et de bois : il invente des histoires collectives. Ses géants invitent les habitants à lever les yeux, à se laisser surprendre, à s’émerveiller ensemble.

Nantes, la naissance d'un rêve

Tout commence à Nantes, sur l’Île aux Machines. Les anciens chantiers navals, désertés depuis les années 1980, trouvent une seconde vie grâce à son imagination. En 2007, le public découvre ébahi le Grand Éléphant : douze mètres de haut, près de cinquante tonnes, avançant majestueusement au rythme d’un pas de pachyderme. À son bord, une cinquantaine de passagers profitent d’une promenade inédite au-dessus des quais.

Autour de lui, le Carrousel des Mondes Marins déploie ses créatures abyssales, et la Galerie des Machines expose prototypes et projets. Nantes s’offre alors une attraction unique au monde, mais surtout un symbole : la ville se réinvente grâce à l’art et à l’imaginaire.

Calais, le dragon et l’odyssée à venir

Mais c’est à Calais, sur la Côte d’Opale, que l’imaginaire de François Delarozière trouve aujourd’hui l’une de ses expressions les plus monumentales. Depuis 2019, le Dragon de Calais s’est enraciné au bord de la mer. Long de 25 mètres, cracheur de feu, d’eau et de fumée, il transporte les visiteurs le long du front de mer comme un gardien veillant sur la ville.

En novembre 2025, l’histoire s’apprête à s’écrire à nouveau. Pendant trois jours, Calais accueillera une odyssée urbaine inédite : le Varan de Voyage arrivera, guidé par l’appel magnétique du Dragon. Agile et racé, doté d’une langue de 80 centimètres, ce cousin venu d’Australie traversera les rues de la ville. Mais une force obscure, la Gardienne des Ténèbres, surgira pour contrarier cette union.

Le temps d’un week-end, la ville entière deviendra un théâtre vivant : une épopée à ciel ouvert où habitants et visiteurs seront témoins d’un affrontement mythique. Calais se fera scène, récit et légende.

Toulouse, le théâtre mécanique

Quelques années plus tard, c’est à Toulouse que la magie prend forme. Dans la Halle de la Machine, un autre géant prend vie : le Minotaure, baptisé Astérion. Haut de 14 mètres, capable de transporter cinquante passagers, il se déplace dans les rues avec une lenteur majestueuse. Son souffle puissant, ses yeux mobiles, sa démarche monumentale donnent l’illusion qu’une créature mythologique s’est échappée de son labyrinthe pour rejoindre la foule.

Autour de lui, une collection entière de machines s’anime : araignées géantes, manèges fantastiques, dragons articulés. Toulouse devient alors le théâtre mécanique de Delarozière, un lieu où l’on vient non seulement regarder, mais aussi vivre des histoires.

Plus qu'un spectacle, une vision

Ce qui frappe dans l’œuvre de François Delarozière, c’est sa capacité à transformer l’espace urbain en un monde parallèle. Nantes, Toulouse, Calais : partout où ses machines s’installent, elles redonnent un souffle à la ville, elles tissent un lien entre passé et futur, entre technique et poésie, entre habitants et visiteurs.

Ses géants ne sont pas de simples attractions : ce sont des symboles vivants. Ils rappellent que la ville peut être un terrain de jeu, que l’imaginaire collectif peut prendre la forme d’un éléphant, d’un dragon ou d’un varan. Et qu’il suffit parfois de lever les yeux pour voir apparaître un monde magique… à quelques pas de chez soi.

Consultez nos articles similaires

Skier à Montréal : la neige comme art de vivre

Lire l'article