Photographies · mai 2025
À Beauvais, une enfant géante avance au-dessus du cortège. La photographie attire d’abord vers son visage éclairé, puis vers les personnes qui l’entourent. Derrière cette apparition de La Cabane à Plume(s), il y a une compagnie et une façon de concevoir le spectacle dans l’espace public. Découvrir l’Homme debout, c’est suivre ce passage du personnage aux gestes et aux collaborations qui le rendent possible.
01 — Agrandir les personnages d’aujourd’hui.
La compagnie a été créée en septembre 2011 sous l’impulsion de Benoît Mousserion et est installée à Poitiers. Dans sa présentation officielle, elle explique que le grand format doit servir un propos poétique engagé. Ses personnages permettent de mettre des récits contemporains en partage dans les rues et sur les places.
Ce choix change la manière de regarder une ville. Dans l’image d’ouverture, les façades deviennent une mesure : on comprend la taille de Plume en la comparant aux fenêtres, aux arbres et aux personnes. Le personnage donne un nouveau centre à la rue. Là où le regard suivrait habituellement une perspective, il s’arrête sur une présence.
02 — Une silhouette, plusieurs corps au travail.

Cette photographie garde dans le cadre la structure de levage et les personnes qui accompagnent la marionnette. Le mouvement du personnage et le travail nécessaire pour le produire ne sont pas séparés. On peut s’intéresser au visage de Plume, puis redescendre vers un bras tendu, un appui ou une ligne de suspension.
Dans AKA, créée en 2021, la compagnie fait de cette coordination le sujet d’une pièce chorégraphique. Sept marionnettistes animent une figure féminine de huit mètres, soutenue par une grue, avec des techniques associant tiges et fils. La danse naît de leur action commune.
Ce détour par AKA aide à porter attention au geste dans les images de Plume. La grande dimension rend le mouvement lisible de loin ; de près, elle donne envie de comprendre comment les actions s’accordent. Une photographie ne restitue pas cette synchronisation dans le temps, mais elle peut montrer les relations entre les corps.
03 — La création commence avec les habitants.

Le travail de la compagnie dépasse les représentations. Sa démarche En territoires comprend des constructions participatives de marionnettes et de sculptures, des scénographies et des événements élaborés avec les habitants. Les projets documentés sur son site vont notamment de Poitiers à Caen et de La Rochelle aux communes de l’étang de Berre.
À Beauvais, cette préparation a pris une forme concrète : l’ASCA annonçait dès novembre 2024 des ateliers de coiffes, de bâtons et d’origamis en amont de La Cabane à Plume(s). La représentation de mai 2025 s’inscrit ainsi dans un temps plus long que celui des scènes photographiées.
Dans l’image, les visages et les couleurs occupent presque tout l’espace. Cette densité déplace le sujet : la marionnette n’a pas besoin d’apparaître pour que le spectacle reste présent. Le groupe est lui-même une image à regarder. C’est une piste pour photographier les arts dans l’espace public : accorder aussi une place à ce qui se passe autour de la figure principale.
04 — Trois portes d’entrée dans un univers.
Mo et le ruban rouge — 2019. Un enfant séparé de sa famille poursuit un cadeau dont se déploie un ruban. La compagnie raconte ce voyage sans paroles, par les gestes, la musique et des scénographies qui évoluent dans la ville. Découvrir Mo et le ruban rouge.
AKA — 2021. Une pièce courte centrée sur la danse d’une marionnette géante et la coordination de ses interprètes. Découvrir AKA.
La Cabane à Plume(s) — 2023. Une enfant, un refuge menacé et des oiseaux à rassembler : l’aventure se déploie en plusieurs épisodes. Découvrir la présentation de l’œuvre.

Ces créations ouvrent des entrées différentes : un parcours d’enfant, une danse, la défense d’un abri. Les photographies réunies ici proviennent toutes de La Cabane à Plume(s) à Beauvais. Elles sont un point de départ pour explorer ce travail plus large, et pour reconnaître, derrière une silhouette immense, une écriture, des métiers et des relations avec un territoire.
Photographies : Jean-Marie Siraut, mai 2025.
Spectacle photographié : La Cabane à Plume(s), compagnie l’Homme debout.


