Photographies · mai 2025
La géante attire les regards, mais le titre du spectacle désigne un autre centre : une cabane. Dans cette photographie prise à Beauvais en mai 2025, elle apparaît comme un assemblage de lignes et de surfaces éclairées. Ses ouvertures laissent passer la nuit. Que protège cet abri ? Et pourquoi faut-il se rassembler autour de lui ? La Cabane à Plume(s), de la compagnie l’Homme debout, invite à regarder au-delà de la taille spectaculaire de sa marionnette.
01 — Un refuge dont on voit la fragilité.
Dans sa note d’intention, Benoît Mousserion part des cabanes construites par son fils pendant le confinement. Il élargit cette image aux abris choisis ou subis et aux lieux de résistance. La cabane devient une manière d’interroger notre rapport au monde et la fragilité de ce qui nous protège.
La photographie d’ouverture donne une forme sensible à cette question. On distingue les éléments assemblés ; aucune façade massive ne vient fermer l’ensemble. La lumière révèle les intervalles autant que les surfaces. On peut y lire un abri qui tient grâce à des liens, à des appuis, à des pièces réunies. Cette lecture appartient au regard porté sur l’image : elle prolonge l’intention de l’artiste sans prétendre épuiser le sens du décor.
02 — Les oiseaux donnent une direction à l’histoire.

La présentation du spectacle décrit trois épisodes : Plume cherche les oiseaux disparus ; elle sollicite Nahual, le grand esprit oiseau ; les peuples oiseaux se rassemblent pour défendre la cabane. Une présence artistique précède ces rendez-vous. Le spectacle se construit donc dans la durée, avec des retrouvailles et des déplacements.
Sur cette image, l’oiseau n’est pas isolé dans le ciel. La perche le relie à une personne, puis le cadre laisse voir d’autres participants derrière elle. Le lien entre l’objet et celui qui le porte reste visible. Ce détail est précieux : la figure imaginaire ne semble pas surgir de nulle part, elle existe grâce à un geste humain.
03 — Un corps fabriqué, une présence partagée.

Le cadrage coupe la marionnette et garde ses jambes, près des spectateurs. La différence d’échelle est immédiate. Mais les volumes tressés, leurs articulations et les espaces entre les éléments restent perceptibles. Le personnage peut être regardé simultanément comme une enfant et comme une construction. C’est dans ce passage entre les deux que l’image devient intéressante.

La vue nocturne fait apparaître les personnes au pied de la géante. Plus haut, la lumière violette et la fumée modifient sa silhouette. L’illusion ne demande pas que tout le travail disparaisse : le corps immense et les corps qui l’accompagnent peuvent tenir dans le même cadre. La photographie permet de les observer ensemble, là où l’action entraîne le regard d’un point à l’autre.
La distribution associe plusieurs disciplines : direction artistique de Benoît Mousserion, musique de Julien Padovani, chorégraphies de Laurent Falguiéras, vidéo de Laurent Meunier, ainsi que manipulation, lumière et effets scéniques. Les crédits complets figurent sur le site de la compagnie.
04 — Ce que l’on garde de la rencontre.

Ce dernier portrait se concentre sur un oiseau. Le bleu accroche les plis, le tressage de la tête reste lisible, le fond s’efface. À cette distance, on ne regarde plus un rassemblement mais un objet animé dont chaque matière contribue à la présence.
Ces images suggèrent deux manières de revenir à l’œuvre : suivre son histoire ou s’arrêter sur sa fabrication visible. La cabane relie les deux. Elle est le lieu à défendre dans la fiction et une construction autour de laquelle les corps se réunissent. Le spectacle laisse ainsi une question ouverte : qu’est-ce qui, autour de nous, mérite que l’on fasse cercle pour le préserver ?
Photographies : Jean-Marie Siraut, mai 2025.
Spectacle : La Cabane à Plume(s), compagnie l’Homme debout.


